Rangs des années précédentes : ce qu’ils permettent vraiment de comprendre
Ce que mesure un rang limite, sur quelle population il est calculé, et pourquoi les rangs d’avant la réforme EDN ne se comparent pas à ceux d’après.
Par Simon Robain, créateur de Supermédecin. Publié le 26 septembre 2026. Sources vérifiées le 20 septembre 2026. Lecture : 7 min.
Un rang d’affectation dit une seule chose : à quelle position, dans un classement donné, une personne a obtenu son poste cette année-là. Il ne dit pas si une spécialité est difficile, ni ce qu’elle vaut, ni ce qu’il faudra pour l’obtenir l’an prochain. Cette page explique ce que recouvrent les chiffres publiés sur ce site, comment les refaire soi-même, et les erreurs de lecture qui coûtent le plus cher.
Ce qu’un rang mesure exactement
Les arrêtés publiés au Journal officiel enregistrent le résultat de la procédure d’affectation : qui a obtenu quoi, à quelle position. C’est de là que viennent toutes les données de ce site, et seulement de là.
Une position est donc le produit d’une rencontre entre trois choses qui changent toutes les années : le nombre de postes ouverts dans cette spécialité et cette ville, le nombre de candidats, et l’ordre dans lequel ces candidats ont voulu ces postes. Aucune des trois n’est une propriété de la spécialité.
Le « dernier rang affecté » dans une spécialité — le chiffre que tout le monde regarde — est la position du dernier candidat à avoir obtenu un de ses postes. C’est un résultat constaté après coup, pas un seuil d’admission. Personne ne l’a fixé à l’avance et rien ne le reconduit.
La coupure de 2024 : deux objets sous le même nom
C’est le point le plus important de cette page, et le plus mal connu.
Jusqu’à la promotion 2023 incluse, sous le régime des épreuves classantes nationales, le classement était national et unique : une position, une personne, du premier au dernier, et l’affectation suivait ce rang.
Depuis la promotion 2024, première issue de la réforme du deuxième cycle, deux choses ont changé en même temps :
- Il n’y a plus un rang, mais treize. Chaque candidat obtient un positionnement dans chacun des treize groupes de spécialités, les épreuves étant pondérées différemment selon le groupe. Le chiffre qui vous concerne dépend donc de la spécialité regardée — un même candidat n’a pas la même position en chirurgie et en santé publique.
- L’affectation n’est plus un choix dans l’ordre du rang. Les candidats déposent une liste de vœux classés — un vœu étant un couple spécialité + subdivision — et un algorithme d’appariement les affecte au meilleur de leurs vœux compatible avec leurs positionnements. Le Centre national de gestion, qui organise la procédure, demande plusieurs dizaines de vœux.
La conséquence est visible directement dans les données publiées, et c’est la vérification la plus simple à refaire : jusqu’en 2023, un même numéro n’apparaît jamais deux fois dans une promotion. À partir de 2024, le même numéro apparaît jusqu’à cinq ou six fois la même année — une fois par échelle. Un « rang 400 » de 2025 et un « rang 400 » de 2022 ne désignent pas la même grandeur, et aucune règle de trois ne les rapproche.
Ce site ne publie pas la composition des treize groupes. Elle figure en annexe de l’arrêté qui fixe la procédure d’appariement ; on ne peut pas la reconstituer à partir des seuls arrêtés d’affectation, et une liste approximative serait pire que pas de liste.
La lecture comparée avant/après est détaillée sur la page consacrée à la réforme.
Ce que les chiffres de ce site recouvrent
| Point | Ce que c’est |
|---|---|
| Source | Les arrêtés d’affectation publiés au Journal officiel, extraits un par un |
| Population | Les candidats effectivement affectés — pas les inscrits, pas les présents aux épreuves |
| Période | Les promotions couvertes par les arrêtés disponibles, une page par année |
| Ce qui manque | Les personnes ayant demandé le retrait de leur fiche ; la promotion 2008, dont l’arrêté d’affectation est introuvable |
Les données affichées sont celles des personnes affectées. Un candidat classé qui n’a obtenu aucun poste n’y figure pas — et ils sont plusieurs centaines chaque année. C’est la raison pour laquelle la position la plus élevée d’une promotion dépasse toujours le nombre d’affectations : en 2023, l’écart était de plus de quatre cents.
Une précision sur 2024 : cette promotion a été mixte. Aux candidats issus de la première session des nouvelles épreuves se sont ajoutés des candidats de la dernière session de l’ancien régime, affectés par une voie distincte. Les chiffres de ce site pour 2024 portent sur la première population.
La méthodologie complète, les jeux de données d’enrichissement et leurs licences sont sur la page Sources.
Un exemple reproductible
Prenez l’ophtalmologie, et regardez le dernier rang affecté sur deux années consécutives d’avant la réforme — donc sur la même échelle, un rang national unique — via le catalogue des spécialités :
| Promotion | Dernier rang affecté en ophtalmologie | Nombre d’affectés |
|---|---|---|
| 2022 | 3 173 | 155 |
| 2023 | 6 445 | 155 |
Le même nombre de postes pris, et un dernier rang qui double d’une année sur l’autre. L’ophtalmologie n’est pas devenue deux fois plus accessible en douze mois. Ce qui a changé, c’est la fin de la file : une ou deux personnes classées loin ont obtenu un poste que personne devant elles n’avait demandé — souvent dans une ville précise. Un seul candidat suffit à déplacer un « dernier rang » de trois mille places.
C’est pourquoi la médiane, la première position et la distribution complète d’une spécialité en disent beaucoup plus que son dernier rang. Le hit-parade des spécialités et la heatmap sont construits sur ces mesures-là, précisément pour cette raison.
La source officielle, et comment elle se lit
Le Centre national de gestion publie chaque année, en accès libre, les rangs limites par subdivision et par spécialité. C’est la référence à consulter pour l’année en cours, et sa forme mérite attention : ce n’est pas un seuil unique mais un intervalle, la position du premier affecté et celle du dernier affecté sur ce poste.
Un intervalle large — et ils le sont souvent — signifie que des candidats très diversement positionnés ont obtenu le même poste. Il ne se lit ni comme une note d’entrée, ni comme une prévision.
Deux pièges à connaître. D’abord, les valeurs sont exprimées dans l’échelle du groupe concerné : comparer un chiffre d’ophtalmologie à un chiffre de psychiatrie, c’est comparer deux classements différents du même concours. Ensuite, le format des fichiers a changé entre les campagnes, ce qui interdit de les empiler sans retraitement.
Les trois lectures qui coûtent cher
Prendre un dernier rang pour un seuil. « Il faut être dans les 3 000 pour l’ophtalmologie » est une phrase qui n’a pas de référent : aucun jury ne fixe ce nombre, il est constaté après coup, et il varie de plusieurs milliers de places d’une année à l’autre.
Comparer deux régimes. Tout rapprochement entre un rang d’avant 2024 et un positionnement d’après compare un classement national unique à l’un de treize classements. C’est la comparaison la plus fréquente et la plus fausse.
Oublier que le nombre de postes bouge. Le nombre de postes ouverts est fixé chaque année par arrêté, et il n’est pas stable : d’après les arrêtés repris sur la page des postes offerts, le total est passé de 8 712 postes ouverts pour la rentrée 2025 à 9 885 pour celle de 2026, soit environ treize pour cent de plus en un an. À demande constante, cela déplace mécaniquement toutes les positions limites. Un chiffre de l’an dernier ne se transpose pas.
Et une quatrième, qui n’est pas une erreur de méthode mais de sens : les positions enregistrent des préférences collectives à un moment donné. Elles ne mesurent ni la qualité des soins, ni celle de la formation, ni la difficulté d’exercice d’une discipline. Une spécialité choisie tard n’est pas une spécialité moins bonne — elle est moins demandée, ce qui n’est pas la même information.
S’en servir quand même
Les chiffres restent utiles pour deux usages précis. D’abord cadrer un ordre de grandeur : le simulateur montre, pour une position donnée et une année donnée, ce que des personnes situées là ont effectivement obtenu. C’est une photographie du passé, pas une prédiction, et c’est déjà beaucoup quand on part de zéro.
Ensuite repérer les écarts entre villes : à spécialité égale, la dispersion entre subdivisions est souvent plus large que l’écart entre deux spécialités voisines. C’est ce que montre le croisement spécialité × subdivision, et c’est l’arbitrage sur lequel se joue une grande partie des choix réels — il a son propre guide, Spécialité ou ville.
La suite
Ouvrir le simulateur de classementSources
- Arrêté du 19 avril 2022 fixant les modalités d’organisation de la procédure nationale d’appariement (groupes de spécialités, positionnements, vœux) — Légifrance, consulté le 20 septembre 2026.
- Procédure nationale d’appariement — treize positionnements par groupe de spécialités, liste de vœux et algorithme d’appariement — Centre national de gestion (CNG), consulté le 20 septembre 2026.
- Rangs limites de la campagne 2025, liste principale (positionnements minimum et maximum par subdivision et spécialité) — Centre national de gestion (CNG), consulté le 20 septembre 2026.
- Arrêté du 4 août 2026 fixant le nombre de postes offerts par spécialité et par subdivision pour l’année universitaire 2026-2027 — Légifrance, consulté le 20 septembre 2026.
- Méthodologie et périmètre des données du site — Supermédecin, consulté le 20 septembre 2026.
À lire ensuite
- Comment choisir sa spécialité quand on hésite encoreUne méthode pour distinguer l’intérêt pour une matière, les gestes du quotidien et le cadre d’exercice — et une grille à remplir avant de classer ses vœux.
- Spécialité ou ville : comment arbitrerQuand les deux ne tiennent pas ensemble : ce qui se rattrape plus tard, ce qui ne se rattrape pas, et une matrice de comparaison à pondérer soi-même.