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Après l’internat : quelles options pour commencer à exercer ?

Remplacer, collaborer, s’installer, rester à l’hôpital : ce que chaque voie exige et engage, et ce que font vraiment les jeunes médecins, chiffres du RPPS à l’appui.

Par Simon Robain, créateur de Supermédecin. Publié le 26 septembre 2026. Sources vérifiées le 26 septembre 2026. Lecture : 13 min.

À la fin de l’internat, on se représente souvent deux portes : s’installer, ou rester à l’hôpital. Les données racontent autre chose. Les premières années se passent rarement dans une seule case, et presque jamais dans la case définitive.

Cette page met côte à côte les voies qui s’ouvrent — remplacer, collaborer, s’installer, rester à l’hôpital, être salarié ailleurs —, ce que chacune exige et ce qu’elle engage. Elle s’appuie sur ce que déclarent aujourd’hui au répertoire des professionnels de santé (RPPS) plus de soixante-dix mille médecins passés par l’internat depuis 2004.

Cette page ne recommande aucun statut : le bon dépend de ce que vous cherchez, et ce n’est pas le même à trente et à quarante ans. Les règles citées ont été vérifiées à la date indiquée en bas de page. Pour votre situation, les interlocuteurs compétents sont votre conseil départemental de l’Ordre et votre caisse d’assurance maladie.

La réponse courte

  • En médecine générale, la situation la plus fréquente juste après l’internat n’est ni l’installation ni l’hôpital : c’est un exercice libéral sans cabinet à soi, le profil du remplaçant. C’est le cas de deux généralistes sur trois moins d’un an après la fin de leur internat.
  • L’installation vient ensuite, progressivement : trois généralistes sur dix quelques années après l’internat, un peu plus d’un sur deux au-delà de dix ans.
  • Dans les autres spécialités, le salariat domine nettement les premières années.
  • Beaucoup cumulent : près d’un jeune généraliste sur trois déclare à la fois une activité libérale et une activité salariée.
  • Un choix engage plus qu’il n’y paraît : si vous visez un jour le secteur 2, le titre hospitalier qui y donne accès s’obtient avant la première installation. Une fois conventionné en secteur 1, on ne peut plus y prétendre.

Ce que font vraiment les médecins, quelques années après l’internat

Chaque médecin est classé dans une seule situation, la plus établie qu’il déclare : installé (titulaire d’un cabinet ou associé d’une société d’exercice), sinon collaborateur libéral, sinon libéral sans cabinet à soi — une activité libérale sans rôle de titulaire, d’associé ni de collaborateur —, sinon salarié uniquement. Un installé qui a aussi une activité salariée compte donc parmi les installés.

Médecine générale. L’internat y durait trois ans pour ces promotions : la promotion 2022 l’a achevé il y a moins d’un an, les promotions 2019 à 2021 il y a deux à quatre ans, les promotions 2016 à 2018 il y a cinq à sept ans.

Promo Installés Collab. Libéral sans cabinet Salariés seuls
2022 15 % 5 % 64 % 14 %
2019‑2021 29 % 10 % 43 % 17 %
2016‑2018 44 % 10 % 20 % 24 %
2011‑2015 54 % 6 % 9 % 30 %
2004‑2010 59 % 2 % 6 % 31 %

Autres spécialités

Promo Installés Collab. Libéral sans cabinet Salariés seuls
2016‑2018 19 % 3 % 13 % 64 %
2011‑2015 37 % 2 % 7 % 52 %
2004‑2010 42 % 1 % 5 % 51 %

Les promotions plus récentes n’y figurent pas : hors médecine générale, l’internat dure quatre à six ans selon la spécialité, et une partie de ces promotions est encore en dernière phase, sous le statut de docteur junior.

Le remplacement est la porte d’entrée en médecine générale. Le répertoire n’a pas de case « remplaçant ». Mais les trois quarts des généralistes de la promotion 2022 classés « libéral sans cabinet » n’ont aucune structure d’exercice déclarée. C’est exactement la situation de qui exerce au cabinet d’un autre. Cette part fond avec le temps : 64 %, puis 43 %, 20 %, 9 %.

L’installation est progressive. 15 % la première année, 29 % deux à quatre ans après, 44 % cinq à sept ans après, puis un plateau autour de 55 à 60 %. L’autre part durable, c’est le salariat seul : environ trois généralistes sur dix, une fois la carrière lancée.

La collaboration est un passage. Un généraliste sur dix est collaborateur dans les années qui suivent l’internat, 2 % après quinze ans. On collabore quelques années ; on en fait rarement une carrière.

Hors médecine générale, l’hôpital d’abord. Près des deux tiers des spécialistes des promotions 2016 à 2018 sont salariés uniquement. L’installation vient plus tard, et plafonne autour de quatre sur dix.

Le cumul est courant. 31 % des généralistes de la promotion 2022 déclarent à la fois une activité libérale et une activité salariée, 26 % pour les promotions 2019 à 2021, 12 % pour 2011 à 2015. Un généraliste sur dix des promotions 2019 à 2021 déclare aussi une activité pour une société de téléconsultation.

Comment ces chiffres sont faits. Source : l’extraction de l’Annuaire Santé (RPPS) publiée sur data.gouv.fr, téléchargée le 21 septembre 2026. Population : les 73 275 médecins dont la fiche Supermédecin est rattachée sans ambiguïté à un numéro RPPS — un seul médecin de ce nom au répertoire et une spécialité concordante. Effectifs des lignes, dans l’ordre des tableaux : 1 055, 6 709, 7 696, 12 924 et 8 106 généralistes ; 10 565, 13 591 et 5 533 autres spécialistes. Écarter les homonymes sous-représente un peu les noms les plus courants. Chaque médecin compte avec toutes ses lignes d’activité, pas seulement la première ; moins de 2 % n’en déclarent aucune. C’est une photographie : les promotions anciennes ne montrent pas ce que feront les récentes, seulement ce que font aujourd’hui celles qui les ont précédées, dans un contexte qui a changé. Le RPPS est déclaratif et ne date rien : il dit ce qui est enregistré aujourd’hui, pas depuis quand.

Où l’on commence : souvent là où l’on a été formé

72 % des médecins des promotions 2011 à 2020 exercent aujourd’hui, au moins en partie, dans l’ancienne région de leur subdivision d’internat : 74 % en médecine générale, 72 % dans les autres spécialités.

L’écart entre territoires est net. Parmi les régions qui ne comptent qu’une subdivision, la part va de 80 % en Île-de-France et 78 % en Aquitaine à 56 % en Limousin et en Champagne-Ardenne. Elle tombe à 51 % pour La Réunion et à 39 % pour les Antilles-Guyane.

C’est l’autre face du choix de ville à l’internat : on y apprend son métier, et on y construit souvent le réseau qui fournit les premiers remplacements et les premières propositions. Le guide sur l’arbitrage entre spécialité et ville explique pourquoi cette décision-là est la moins réversible.

Méthode. « Ancienne région » s’entend dans le découpage d’avant 2016, compté sur tous les lieux d’exercice déclarés. Rhône-Alpes, PACA-Corse, Bretagne et Pays de la Loire regroupent plusieurs subdivisions : elles y sont comptées à l’échelle régionale, un territoire plus vaste qui gonfle mécaniquement le taux, et restent donc hors de la comparaison. Pour les outre-mer, le territoire compté est celui des départements de la subdivision : Guadeloupe, Martinique et Guyane ; La Réunion et Mayotte.

Les voies, une par une

Remplacer

Exercer à la place d’un médecin absent, dans son cabinet, auprès de sa patientèle. C’est un exercice libéral à part entière, avec ses obligations : inscription au tableau de l’Ordre si vous avez votre diplôme de docteur (thèse soutenue et DES validé), licence de remplacement si vous êtes encore interne, un contrat écrit pour chaque remplacement, une assurance en responsabilité civile professionnelle, les déclarations à l’URSSAF et à la CARMF.

Ce que cela apporte : de la mobilité, des pratiques et des territoires à comparer, une charge qu’on module. Ce que cela n’apporte pas : des patients à vous, et un revenu régulier. Toutes les démarches, dans l’ordre, sont dans le guide du premier remplacement.

Collaborer

Le code de déontologie permet à un médecin de « s’attacher le concours d’un médecin collaborateur libéral », dans le cadre de la loi du 2 août 2005, « ou d’un médecin collaborateur salarié ». Chacun exerce en toute indépendance, sans lien de subordination.

Le contrat type du Conseil national de l’Ordre en donne la mécanique. La collaboration n’est possible qu’entre médecins de la même discipline. Le titulaire met à la disposition du collaborateur les moyens de son cabinet. Le collaborateur dispose du temps nécessaire à la constitution d’une patientèle qui lui sera personnelle. Il suit aussi, pour partie, les patients du titulaire. En contrepartie des frais professionnels que le titulaire prend en charge, il lui verse chaque mois une redevance : un pourcentage de ses honoraires, fixé sur les revenus attendus et réexaminé chaque année. Le contrat est écrit, à durée déterminée ou non, avec une période d’essai si les parties le souhaitent.

C’est la voie intermédiaire : on commence à suivre ses propres patients sans porter seul un cabinet.

S’installer

Devenir titulaire d’un cabinet, seul ou avec d’autres, en cabinet de groupe ou en société d’exercice. Parmi les démarches que liste l’Assurance Maladie :

  • inscription au conseil départemental de l’Ordre du lieu d’exercice ;
  • enregistrement auprès de la caisse d’assurance maladie ;
  • assurance en responsabilité civile professionnelle avant d’exercer ;
  • déclaration de début d’activité dans les huit jours, sur le site des formalités d’entreprises, qui la transmet à l’URSSAF ;
  • adhésion à la CARMF dans les trente jours.

Deux décisions se prennent à ce moment-là et engagent durablement.

Le secteur. Le secteur 2, qui autorise les dépassements d’honoraires, est réservé à qui s’installe pour la première fois en libéral en détenant l’un des titres que liste l’Assurance Maladie : ancien chef de clinique des universités-assistant des hôpitaux, ancien chef de clinique des universités de médecine générale, ancien assistant des hôpitaux, praticien hospitalier nommé à titre permanent, notamment. L’Assurance Maladie est explicite sur l’autre sens : une fois conventionné en secteur 1, il n’est plus possible de demander le secteur 2. Le choix est définitif.

Le lieu. Depuis le 1er janvier 2026, l’Assurance Maladie verse une aide ponctuelle à la première installation libérale conventionnée dans une zone classée sous-dense : 10 000 € en zone d’intervention prioritaire, 5 000 € en zone d’action complémentaire. Elle porte sur le cabinet principal et est réservée au secteur 1 et au secteur 2 avec Optam ou Optam-ACO. Le classement d’une commune se vérifie avant de signer un bail, pas après.

Rester à l’hôpital

Trois portes, qui peuvent se succéder.

Le post-internat. Ce sont les postes de chef de clinique des universités-assistant des hôpitaux, en centre hospitalier universitaire, d’assistant des hôpitaux et, pour les généralistes, de chef de clinique des universités de médecine générale. Ce sont eux qui confèrent les titres les plus courants ouvrant ensuite le secteur 2 en libéral — sans être les seuls : un praticien hospitalier nommé à titre permanent y a aussi accès.

Praticien contractuel. Depuis 2022, un cadre unique remplace les anciens statuts de praticien contractuel, de praticien attaché et de clinicien. Le code de la santé publique en fixe quatre motifs de recrutement : remplacer un praticien absent ou faire face à un accroissement temporaire d’activité ; répondre à des difficultés particulières de recrutement ou d’exercice, un motif resserré fin 2024 et désormais soumis à une condition d’ancienneté ; exercer dans l’attente de l’inscription sur la liste d’aptitude du concours de praticien hospitalier ; compléter l’offre de soins de l’établissement avec la médecine de ville et les établissements privés, en exercice mixte.

Praticien hospitalier. On passe le concours national de praticien hospitalier. Il se tient chaque année et s’ouvre aux docteurs comme aux docteurs juniors en dernière année de consolidation, à condition d’achever leur DES à l’automne de l’année de la session. La liste d’aptitude vaut quatre ans. Les postes sont publiés lors de deux tours de recrutement par an, en avril et en octobre. La prise de fonctions ouvre une période probatoire de douze mois de services effectifs, renouvelable une fois.

Être salarié ailleurs

Centres de santé, protection maternelle et infantile, établissements privés, santé au travail, régulation, téléconsultation. Le cadre est celui de l’employeur : un contrat de travail dans le privé, un statut ou un contrat public ailleurs. Entre 5 et 7 % des jeunes généralistes déclarent une activité en centre de santé, et environ un sur dix une activité pour une société de téléconsultation. Celle-ci s’ajoute presque toujours à autre chose : 91 % des jeunes généralistes concernés déclarent à la fois une activité libérale et une activité salariée.

Le tableau pour comparer

Voie Ce qu’il faut Vos patients Ce qui vous engage
Remplacer Inscription au tableau (diplômé) ou licence (interne), un contrat par remplacement Ceux du médecin remplacé Peu : chaque contrat a une fin
Collaborer Un contrat écrit avec un titulaire de la même discipline Une patientèle personnelle à constituer, et une part de celle du titulaire Une redevance, dans un cabinet qui n’est pas le vôtre
S’installer Inscription, conventionnement, des locaux Les vôtres Le secteur (définitif en secteur 1), un bail, parfois des associés
Post-internat hospitalier Un poste de chef de clinique ou d’assistant Ceux du service Un poste qui confère un titre ouvrant le secteur 2
Praticien contractuel ou hospitalier Un contrat ; pour être titulaire, le concours puis un poste Ceux du service Pour le titulaire, une période probatoire d’un an
Salarié hors hôpital Un contrat ou un poste chez l’employeur Ceux de la structure Ce que prévoit le contrat ou le statut

Avant de choisir : cinq questions

  1. Voulez-vous suivre vos propres patients tout de suite, ou d’abord voir d’autres pratiques ? La première réponse mène vers la collaboration ou l’installation, la seconde vers le remplacement.
  2. Visez-vous un jour le secteur 2 ? Si oui, le titre hospitalier qui y donne accès s’obtient avant toute première installation : conventionné d’abord en secteur 1, on ne peut plus demander le secteur 2.
  3. Où voulez-vous exercer dans cinq ans ? Sept médecins sur dix exercent dans la région où ils ont fait leur internat. Changer de région se prépare : il faut s’y faire connaître, sans le réseau de l’internat.
  4. De quelle régularité de revenu avez-vous besoin ? Le remplacement et les premières années d’installation sont variables. Le salariat l’est beaucoup moins.
  5. Voulez-vous cumuler ? C’est courant, et rien n’oblige à choisir une seule voie.

Les prochaines démarches

  1. Dès la thèse en vue : l’inscription au tableau de l’Ordre, que le conseil départemental a jusqu’à trois mois pour instruire à compter du dépôt d’un dossier complet. Elle conditionne presque tout le reste.
  2. Si le post-internat vous intéresse : renseignez-vous auprès des services qui vous attirent pendant la dernière année d’internat. Ce sont des postes, pas un droit.
  3. Si l’hôpital public est votre projet : selon le Centre national de gestion, les inscriptions au prochain concours de praticien hospitalier devraient ouvrir au dernier trimestre 2026, pour des épreuves en 2027.
  4. Avant toute installation : décidez du secteur en connaissance de cause, vérifiez le zonage de la commune et suivez la liste de l’Assurance Maladie.

Ce que cette page ne fait pas

Elle ne compare pas les revenus : ils dépendent trop de la spécialité, du lieu, du secteur et du temps de travail pour tenir dans un tableau honnête. Pour la rétrocession d’un remplacement, un simulateur fait le calcul avec vos propres hypothèses. Elle ne remplace ni votre conseil départemental de l’Ordre ni votre caisse d’assurance maladie, seuls compétents pour votre cas.

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Sources

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